Les maigres
ressources matérielles de ma Famille permettaient à une « Dame
Patronnesse Protestante » de nous exprimer cette charité qui humilie
le Pauvre qui l’accepte ! Nous l’appellerons « Madame L ».
Elle surveillait
étroitement nos dépenses alimentaires chez l’épicière du coin de la rue
,en faisant contrôler le « carnet d’achats » qu’elle lui avait fait
établir, par le nouveau Pasteur de l’Eglise Réformée qui ne nous aimait
guère, nous les dits Pentecôtistes ! Parfois, Maman trichait : elle
s’entendait avec la Commerçante pour remplacer le prix d’un produit de
première nécessité par une plaque de chocolat dont nous étions privés…ou
un pot de confiture ! Cette confiture pour moi si rare…que je tartinais
en cachette sur ma tranche de pain, les deux côtés. J’AVAIS FAIM !
L’oppression
d’une Dictature.
Les décisions de
Madame L…réduisaient à néant les ordonnances médicales de notre Médecin,
le Docteur FERRIE, qui voulait envoyer en Maison de repos l’Adolescente
anémiée que j’étais devenue. Je le revois sur le quai de la Gare de
LORIOL : il voulait empêcher ma Mère de m’emmener dans un préventorium
de mauvaise réputation médicale. Maman qui m’accompagnait, demeurait
ferme dans son choix : « Madame L… avait décidé et je devais partir ! »
Cet Etablissement à
MONTAUROUX, dans le Var, « soignait » en effet des Tuberculeux
pulmonaires contagieux. ( Nous l’apprîmes des années plus tard : le
Directeur de l’établissement qui se disait Médecin, ne l’était pas ;
c’était un escroc qui, du reste, fut fusillé à la Libération après la
débâcle Allemande de la Guerre de 1939 !) Contaminée, je devins
tuberculeuse
JE DEVINS UNE
CHAMPIONNE DE SANATORIUMS POUR TUBERCULEUX !
La TUBERCULOSE ! Ce
fantôme effrayant qu’aucun médicament, à l’époque, ne savait juguler ;
le repos allongé des « cures » était le seul traitement !
C’est ainsi que je
finis par atterrir à « Chantoiseau », à BRIANCON !
La Directrice
Protestante, Melle SELTZER, était une Femme de Lumière qui transpirait
la présence de Dieu. Chaque anniversaire avait son cadeau et ses
fleurs ; je les reçus pour mes 17 et 18 ans ! En effet, je restai là 17
mois …sans aucune visite familiale !
32 Malades
moururent durant cette période, brutalement, d’une hémorragie
pulmonaire ; sans bruit, dignement, comme pour ne pas effrayer leurs
Amies dont je faisais partie !
On emmenait leur
dépouille à la nuit noire pour ne pas nous traumatiser ; mais, dans
l’obscurité, nous étions debout sur nos terrasses pour un dernier
adieu !
Maman ne pouvait
me visiter, incapable de laisser seul à la maison, son Mari impotent !
Ardemment,
j’étudiais la Parole de Dieu avec ma Compagne de chambre, Fille de
Pasteur. Je lisais beaucoup pour devenir, si possible, un « quelque
chose » dans la vie qui pouvait s’ouvrir devant moi ! Je voulais devenir
Missionnaire !
J’avais découvert
dans les Réunions de Réveil tenues à LORIOL, toute la tendresse de ce
Bon Berger de l’Evangile qui porte sur Ses épaules les agneaux fatigués
et je m’y étais attachée de toute ma foi par la force de mon désespoir !
Je revins à LORIOL
au seuil du rude hiver 1944 ! Par manque d’argent, nous ne pouvions
alimenter le chauffage. Ma Grand-Mère qui avait fait à son tour une
hémorragie cérébrale, voyait l’eau de son verre gelée au petit matin …
pour la prise de ses médicaments !
Un après-midi, deux
Scouts frappèrent à notre porte ; ils étaient porteurs de fagots de
bois ; ils nous expliquèrent que les échos de notre détresse matérielle
étaient parvenus aux oreilles de leur chef, un certain CHARLES CHAIX ;
il avait eu à cœur de la soulager en ces jours de si grand froid ; ils
ajoutèrent qu’il n’avait pas osé venir nous rendre visite !
Et je
m’interrogeais : qui peut être un Garçon si bon !
J’allais chercher
la soupe dans la foule des Indigents . Le prisonnier de guerre Allemand
préposé au service, savait que nous étions trois Malades à la maison et
il me faisait bonne mesure !
J’avais un petit
Compagnon : un chat de gouttière gris, sans beauté ; mais il était
fidèle et il m’aimait bien. Un jour, la détresse financière fut telle,
que Maman le vendit à un Gitan…pour le prix de son pelage qui
l’intéressait.
Je N’AVAIS PLUS DE
LARMES !
(A suivre)
Reverend et Madame Charles Chaix
Résidant
a Sarcelles - France
Fondateurs de la Fondation Pain Aux Hommes
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