POURQUOI J’AI CHANTE LA « MARSEILLAISE » EN PUBLIC !
Un retour en
arrière et notre second voyage vers la BULGARIE en Septembre 1968
Après la traversée
de l’Italie, l’interminable route de la YOUGOSLAVIE, (le Pays de TITO
qui tient sous sa férule en fédération, des pays devenus aujourd’hui
indépendants .)
Les Balkans sont en
émoi car l’armée Soviétique vient d’intervenir en Tchécoslovaquie. Sur
la route, nous rencontrons de nombreux Tchèques qui fuient leur Pays à
bord de très vieilles voitures. Ils fuient , car ils sont sur la
« liste » de ceux que les Rouges peuvent arrêter. Ils n’ont pas eu le
temps d’emporter quelques biens ; ils ne savent où ils vont ; ils
roulent droit devant eux. Je klaxonne et nous agitons la main à chaque
voiture doublée pour saluer ses passagers.
Quand nous arrivons
sur le camping de NOVI SAD à 79 kilomètres de BELGRADE, nous le trouvons
envahi par des tchèques qui fuient. TITO a mis à leur disposition (lui
qui a pris ses distances avec MOSCOU) gratuitement pour une nuit ou
deux , de petits bungalows de bois.
Je me dirige vers
le bureau des admissions et laisse ma Femme seule dans notre « maison
roulante ». Au retour, je la trouve en compagnie d’un Couple Tchèque
rencontré en chemin. La Femme parle un bon français : elle est
journaliste de radio à BRATISLAVA ; son Mari est un producteur
d’émissions très connues dans la même station . Ma Femme tient sur ses
genoux un Bébé de 9 mois blond comme les blés : IGOR. Nous apprenons que
ces nouveaux Amis n’ont eu le temps d’emporter qu’une vielle guitare et
leur vieille voiture n’en peut plus !
Nous expliquons à
ce Couple, très ému, que nous les prenons en charge financièrement les
deux jours que nous passerons sur le camping. Ma Femme vide la caravane
de tout le lait en poudre que nous avons acheté en Suisse, au grand
bonheur de la Maman d’Igor.
La nuit est tombée
quand nous nous dirigeons , avec nos Amis, vers le modeste restaurant
du lieu. C’est une sorte de taverne enfumée et bruyante. Tous les
convives sont des hommes qui fêtent un anniversaire ; ils sont très
excités par les évènements politiques, mais personne n’est ivre ; on
dirait des notables tombés là, par hasard.
Les nouvelles vont
comme traînée de poudre parmi les gens qui souffrent. Tout le monde sait
que des Français ont pris des fuyards Tchèques en charge.
A notre entrée, un
petit orchestre dans un coin, attaque à notre entrée une
« Marseillaise »
improvisée. Souriants, nous allons nous asseoir. Je n’ai pas tiré ma
chaise que le Directeur, envoyé par les Notables attablés ( une bonne
trentaine) s’avance et m’explique l’invasion en Tchécoslovaquie. Il
ajoute : « Vous êtes Français et vous représentez ici le « Pays des
droits de l’homme ». Voulez-vous nous chanter la « Marseillaise » votre
Hymne National ? »
En une fraction de
seconde, j’imagine quelques-uns de mes Collègues Pasteurs dans ma
situation , surtout ceux qui ont un aspect super- digne !
Mais si je refuse,
cela ne signifierait-il pas que j’approuve les Envahisseurs ?
Avertis que
j’allais chanter notre hymne national, tous les Clients du Restaurant se
lèvent et se figent au garde à vous dans un silence de cathédrale. Des
larmes coulent sur les visages masculins ; des Tchèques sanglotent et
nos Amis sont bouleversés ! Une véritable ovation salue la fin de mon
chant et cette foule n’est qu’un visage tourné vers nous.
Si c’était à
refaire, je recommencerais !
Nous remarquons
qu’IGOR est bien rouge. Il est brûlant de fièvre. Il est visiblement
malade : sa respiration est rapide, saccadée. Sa Maman , inquiète, le
serre contre elle. Très vite, un dialogue s’établit entre elle et moi :
« Madame, acceptez-vous que je prie pour votre Enfant ? » « Oui ! »
répond -elle sans
hésitation ! »
Nous nous dirigeons
vers notre caravane. Nos Amis, installés sur une banquette, je pose mes
mains sur le front du Bébé inondé de sueur ; et j’invoque le Nom de
Jésus. A l’instant même, Igor qui était affalé sur les genoux de sa
Mère, se redresse ; son teint redevient normal ; les bruits que faisait
sa poitrine s’estompent : il est guéri !
Bouleversée, la
Jeune Femme ne retient pas son cri : « Mais alors, votre Dieu, il est
aussi dans la caravane ! » Et ma Femme et moi, nous lui enseignons
l’Evangile du Vivant toujours présent !
Le camping s’endort
doucement. Le chant de nos cantiques résonne dans la nuit de Septembre.
Le Papa d’Igor qui ne parle pas français, nous accompagne à la guitare !
Quand nous avions
quitté le restaurant, nous avions trouvé au bas des marches, la Police
Politique qui avait entendu ma voix si forte ! Leur mine était quelque
peu figée ! Je m’étais avancé vers eu la main tendue et leur avais
lancé : « Vive Tito » (reconnaissant ce que leur chef faisait pour les
Tchèques). Un instant de crainte, mais aucune suite fâcheuse !
Le Seigneur marche
avec nous !
PHOTO : La
forteresse de PETROVARADIN qui surplombe le Danube à Novi Sad.
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