ARRETES A LA FRONTIERE
YOUGOSLAVE !
10 Mai 1970. En introduction à
ce récit, je veux vous expliquer
que résider à l’Hôtel en
BULGARIE (la Police politique interdit
de dormir chez l’habitant )
n’est plus supportable. On trouve des
micros d’espionnage jusque dans
les rideaux et les fleurs des
chambres). Ma femme et moi
sommes contraints de nous
exprimer par écrit en évitant
soigneusement de jeter le papier à la
poubelle ; il faut le déchirer
en morceaux dans les W.C).
Nous avons fait part de notre
besoin d’une petite caravane de
croisière, petite mais
confortable, nous permettant d’être moins
surveillés mais surtout
d’emporter des Bibles pour nos Frères.
Une Chrétienne de 80 ans, membre
de notre Eglise de SAINTDENIS,
Mademoiselle LE HOU, nous l’a
offerte. Gloire au
Seigneur.
Il ne faut pas toujours suivre
les conseils de Frères apparemment
expérimentés !
Un Pasteur Suisse, âgé, nous
avait conseillé de rallier la Bulgarie
via l’Autriche ! Quelle erreur !
Voici l’histoire de notre
arrestation !
Il est 16 heures . Nous sommes
avec notre caravane à la frontière
« Autriche-Yougoslavie »
Pourquoi ce minuscule poste de douane
au milieu de ses prés bien verts
, nous inquièterait-il ? Pourtant le
« Chef » n’engendre pas la
sympathie : il est visiblement ivre et
désoeuvré . Les résultats ?
Il s’approche de nous pour
perquisitionner la Citroën et la
caravane. Il tente d’arracher
l’appareil de chauffage de notre
« maison roulante » ; d’éventrer
les banquettes. Nos effets
personnels extraits des coffres
et des placards, jonchent le
parking !
Nos personnes sont fouillées ;
fouillées, fouillés aussi nos sacs et
portefeuilles ; le linge sale
n’y échappe pas…pas plus que notre
carnets d’adresses ! Des objets
réclamés par nos Frères
BULGARES sont saisis
définitivement, ainsi que des biens
personnels sans grande valeur,
auxquels nous « tenons ».
Nous sommes en « transit » et
les actes de ce douanier fou sont
illégaux. Un jeune policier
présent en a conscience ; il
désapprouve ouvertement son
Collègue et une vive dispute
oppose les deux hommes. Mas le
douanier ivre qui nous garde à
vue , tient nos passeports
Dix fois au cours de la fouille,
sa main est passée sur la cachette
sûre contenant l’argent pour le
secours aux Frères Bulgares.
Chaque fois, il nous semblait
que nos coeurs allaient cesser de
battre !
Quand nous laisse ranger nos
affaires, il est grand nuit..et il
pleut ! A 22 heures, ce « Chef »
fou de son ivresse et de sa haine de
« l’Etranger », consent à nous
rendre nos papiers, à regret ; les
médicaments nous sont restitués
contre une forte somme . Six
heures de fouille nous ont
brisés physiquement, mais nous avons
tellement « appris » et enrichi
notre expérience !
Comble de malheur ! Au camping,
notre caravane et assiégée par
une horde de chiens errants et
affamés . Généreuse, ma Femme
leur déverse un kilog de sucre
en morceaux sur le parking pour les
restaurer et les éloigner !
Hélas, ils monteront la garde toute la
nuit en gémissant ! (Photo
ci-dessous)
Rejoignant la Ville de NOVI-SAD
(aujourd’hui en SERBIE) où
réside notre Ami, le Pasteur
Wolf, Secrétaire des Assemblées de
Dieu Yougoslaves, nous voulons
lui conter notre mésaventure. Il
est inquiets comme nous.
Certains documents nous ont été
saisis et nous craignons qu’ils ne
soient transmis à la frontière
Bulgare ! ET SI NOUS NE
POUVIONS PLUS ENTRER « AU PAYS
DE L’ANGOISSE » ?
Très fraternellement, notre
Frère décide de nous accompagner
jusqu’à la Ville de NIS assez
proche du « RIDEAU DE FER ».
Nous nous donnons rendez-vous au
cas où nous devrions
« revenir ». Notre Compagnon
nous rassure de toute son affection
et nous prions ensemble pour la
suite du voyage ; mais il partage
visiblement nos craintes.
Un nouveau jour s’est levé sur
la peur d’hier. Enfin, la frontière
Bulgare ! La file d’attente des
voitures très longue, s’étire au
soleil. Panique à la frontière !
Les Policiers politiques parlent
haut : ils cernent une voiture
Italienne, la « démontent »,
trouvent ce qu’ils recherchaient. Le
véhicule est saisi à son
propriétaire ; nous voyons la plaque
minéralogique changer de
nationalité ; un Policier (qu’on nomme
ici « Milicien ») prend la place
du Conducteur . Un démarrage
rapide, sans doute vers la
prison de SOFIA.
Depuis longtemps, nous n’avons
plus la capacité nerveuse
d’échanger une seule parole.
Mais nous prion ardemment en
silence.
Un Milicien nous fait signe avec
une souriante autorité, de
remonter la file des voitures .
Et ma Femme et moi, avons ce
même cri à son égard (il parle
Français) en baissant la glace de
la voiture « Comme nous sommes
heureux d’être ici ! » Pourtant,
nous ne nous sommes point
concertés ! Ce cri est vrai : nous
arrivons chez nos Frères ; nous
arrivons dans la « Terre
d’Appel »… L’homme nous regarde,
surpris ; il ne pose aucune
question ; il accepte
courtoisement un petit souvenir de Paris que
mon Epouse lui tend !
ALLELUIA ! Nous sommes passés !
Nous ne reverrons le Pasteur
WOLF qu’au retour !
NOTRE CHARGEMENT DE BIBLES !
Nous ne traversons
jamais la Yougoslavie, sans nous
arrêter chez le Pasteur WOLF.
Nous avons établi chez lui un «
dépôt » d’où part du matériel de
toutes sortes pour les Frères en
difficultés, tant il est vrai qu’il est
vrai pour les Yougoslaves de
l’introduire clandestinement .Nous
laissons de l’argent à notre
Frère qui effectue certains achats. Ce
voyagez, notre caravane était
lourde de 350 Bibles.
Quand nous revenons de ce «
dépôt » en fin de voyage, il ne reste
plus une seule Bible : mais
notre lourd chargement a tordu
l’essieu de notre caravane.
Je vous laisse imaginer le
bonheur partagé de revoir les WOLF au
retour !...