Juin 1974. Ma
Femme et moi reprenons , joyeusement, le chemin de la BULGARIE. Nous
sommes entre les mains de Celui qui prend soin des passereaux ; nous
savons que les cheveux mêmes de notre tête sont comptés, selon les
promesses de l’Evangile. Pourquoi craindre ?
Nous nous dirigeons
sur VARNA, notre port d’attache où réside un de nos principaux
interprètes. Cet homme est notre principale cheville ouvrière dans la
Région. Nous l’aimons ; il nous aime. Nous chérissons les Siens qui nous
ont intégrés dans le cercle familial. Six années de merveilleuse
Collaboration sans une ombre, sans une faille ! Il est Médecin. Les
jours précédant un éventuel voyage, si un danger nous menaçait ou le
menaçait, il était convenu qu’il nous écrirait en langage codé : « J’AI
ETE CONVOQUE A LA CLINIQUE » (ce qui sous-entendait « A LA POLICE ») .
Et nous aurions remis notre voyage à plus tard.
Ier JUIN : NOTRE
ARRIVEE DANS LA FAMILLE.
Les démonstrations
affectives auxquelles nous sommes habitués sont sincères, mais nous
découvrons une expression nouvelle au fond des yeux de nos Amis. Le
Docteur vieilli et voûté, nous entraîne dans le bureau où l’Oeuvre de
Dieu a connu des sommets si glorieux ; il tire soigneusement les rideaux
et il parle :
« Deux fois ce
mois de Mai, la Milice (Police politique) m’a convoqué et interrogé.
La question
brûlante jaillit de nos lèvres : « T’ont-ils parlé de nous ? »
Réponse :
« Ils ont placé sous mes yeux la photocopie d’une enveloppe que j’avais
écrite à la main à votre adresse. J’étais accablé !
Et « ils » m’ont
pressé de questions :
« Où accompagnes-tu
ces Français ? – Que disent-ils aux gens qu’ils visitent et combien de
temps restez-vous chez eux ?-- Cet homme et sa femme, te donnent-ils de
l’argent pour les services que tu rends ?-- Donne-nous des
renseignements précis sur les deux interprètes qu’ils ont contactées
avant toi ; bien que ces deux Femmes soient mortes aujourd’hui toutes
deux, mais restent leurs Familles !-- Il y a 3 ans, pourquoi étiez-vous
encore à minuit dans la Ville de BOURGAS, chez une Famille de 10
Personnes ? (preuve qu’il y avait là un « Judas ») Et ils ont continué
l’interrogatoire :
« Cet homme et
cette femme sont-ils membres d’une Organisation ?—Quel est leur
salaire ?-- Dis-nous comment sont recrutés, sanctionnés, limogés, les
Pasteurs à l’Ouest ?—Quand se réunissent-ils en Convention
Nationale ?—DES QUE CES FRANÇAIS ARRIVERONT CHEZ TOI, AVERTIS-NOUS ! ».
Notre Ami nous
demande : « Considérez-vous que je vous ai trahis ? » Pour lui conserver
un équilibre nerveux déjà ébranlé, nous répondons : « Non ! » Mais nous
ne reconnaissons plus notre voix ; notre cœur « cogne » si fort, si
fort ! Il faut sourire malgré tout.
D’un seul coup nous
comprenons : les Policiers accompagnés de chiens-loups autour de la
caravane sur le camping ; les coups de téléphone donnés par la préposée
à l’entrée, dès que nous quittions le terrain en voiture..
UN CHOIX
INDISPENSABLE
Une nuit, nous nous
disons « Adieu » en pleurant et nous prions. Lors du dernier
interrogatoire qu’il a subi, la Milice a demandé à notre Ami de choisir
entre nous et la position sociale de ses deux Filles !
Notre décision est
prise : pour ne pas aggraver la situation de cette Famille, nous
quitterons ce secteur au plus vite et ne reviendrons plus à VARNA. Nous
allons mettre les « bouchées doubles »dans cette région que nous
devrons prospecter seuls, ma Femme et moi. Un Pasteur nous disait en
1968 :« Quand un homme tombe, un autre se lève ». Et un homme s’est levé
dès le lendemain !
Avec quel bonheur
ce Docteur s’était proposé pour nous accompagner depuis 1968 !
Il est mort dans
des circonstances mystérieuses après l’injection d’une piqure . Il
avait totalement perdu la tête.
Avant de sombrer
dans la folie, il a su que nous lui conservions notre affection intacte
et nous a fait transmettre la sienne.
Nous n’avons jamais
eu le moindre ressentiment à l’égard de ce Médecin victime de la
« Dictature rouge ». Quand le « Rideau de fer » a craqué, nous avons
rencontré sa Femme et ses deux Filles à SOFIA. Nous avons soutenu
financièrement sa Veuve jusqu’à sa mort en 1997. Elle était une
Allemande Chrétienne, originaire de LEIPZIG.
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